Les designers de la PFW

“Paris dictates fashion to the whole world”

Maria Callas

DIOR & MARIA GRAZIA CHIURI

« La Couture, c’est au temps des machines, un des derniers refuges de l’humain, du personnel, de l’inimitable. »

Christian Dior

A ses débuts : En 1946, Christian Dior s’installe au 30 avenue Montaigne. Quelques mois plus tard, en février 1947, il présente sa première collection, la collection « Corolle » qui sera rebaptisée « New Look » par Carmel Snow, alors rédactrice en chef du Harper’s Bazaar américain. C’est une révolution pour certains, un simple retour à la normale pour les autres. Christian Dior c’est une taille cintrée, des basques arrondissant les hanches, des volumes qui exaltent les formes, sans oublier une féminité triomphante.

Aujourd’hui : Maria Grazia Chiuri inaugure la 70e année d’existence de la Maison. Elle succède à Raf Simons, et étudie les collections de ses prédécesseurs pour se faire une place. Elle souhaite que « la nouvelle femme Dior soir désirable, fragile mais sûre d’elle, avec une vraie force intérieure. » A la différence de ses prédécesseurs, elle cible précisément les millenials en présentant des créations très mémorables. Son but ? Rester dans les esprits, faire changer les mœurs et plaire à des jeunes en quête d’individualisme. Pour son dernier défilé automne/hiver 2019, Maria Grazia Chiuri s’est entourée de l’artiste italienne Tomaso Binga pour imaginer un décor poétique et engagé. Le défilé est basé sur la relation entre Dior et la culture britannique, avec un grand nombre de vestes edwardiennes, de denim et de cuir. Un style qui n’est pas sans ressembler à celui des Teddy Girls d’après-guerre.

CHANEL & KARL LAGERFELD

« Le luxe ce n’est pas le contraire de la pauvreté, mais celui de la vulgarité. »

Gabrielle Chanel

A ses débuts : En 1910, Gabrielle Chanel ouvre sa première boutique rue Cambon à Paris, où elle crée des chapeaux. Elle ouvre ensuite deux boutiques à Deauville et à Biarritz où elle vend des vêtements particulièrement simples, très différents de ce que l’on propose à Paris à l’époque. En 1925, elle présente sa première veste en tweed. Elle admire l’élégance et la simplicité de la garde-robe masculine et c’est de celle-ci dont elle veut s’inspirer pour ses collections femmes. C’est aussi dans les années 1920 qu’elle introduit son iconique petite robe noire.

Aujourd’hui : En 1982, Karl Lagerfeld devient le directeur artistique de Chanel. A l’époque, Chanel a perdu son influence et personne ne croit en la survie de la Maison. Mais Karl s’en empare, détourne les codes de la fondatrice pour s’approprier la marque et Chanel renaît de ses cendres. Le tweed, les perles, le double C, il modernise la marque qui devient l’une des plus iconiques, et qui se place parmi celles qui réussissent le mieux. Chanel aujourd’hui c’est chaque année : deux collections Couture, deux collections prêt-à-porter, une collection Pre-Fall, une collection croisière, une collection Métiers-d ’Art, une collection plage « Coco Beach » et une collection neige « Coco Snow ». Le 5 mars, Chanel dévoilait la dernière et ultime collection de Karl Lagerfeld, dans un décor féérique, comme toujours. Cette fois-ci, c’est à la montagne que nous ont fait voyager l’équipe Chanel, en recréant un village enneigé sous le dôme du Grand Palais. Quelles sont les grandes lignes du défilé ? Du tweed, du pied-de-poule, des couches de volants, du tailoring, des plumes, de la légèreté et surtout beaucoup d’émotion.

GIVENCHY & CLARE WAIGHT KELLER

« C’est Hubert de Givenchy qui m’a donné un look, un genre, une silhouette. Habillée par lui, je n’ai peur de rien. »

Audrey Hepburn

A ses débuts : Pour Hubert de Givenchy, l’élégance n’est pas juste le fondement de son métier, c’est aussi une manière d’être et une façon de vivre. Ce que l’on retrouve dans ses collections, c’est un hommage permanent au XVIIIe siècle, peut-être encore plus poussé que celui de Christian Dior. Il ouvre sa Maison de Couture en 1952 et l’année suivante Audrey Hepburn devient l’emblème de la maison.

Aujourd’hui : Une des premières choses que Clare Waight Keller fait lorsqu’elle est nommée directrice artistique de Givenchy est de s’entretenir avec le fondateur. Il est ravi de savoir qu’elle compte renouer avec la Haute Couture. Bien qu’elle fût connue dans le monde de la mode pour son travail chez Chloé, la renommée de la créatrice s’affirme lorsqu’elle est choisie par Megan Markle pour réaliser sa robe de mariée. Pour sa collection automne/hiver 2019, Clare Waight Keller a fait référence à “the origin myth—the temptation of Adam and Eve intertwined, touched by a polished sense of individuality”, des couleurs chaudes et des lainages en contraste avec des robes légères et fleuries.

SAINT LAURENT & ANTHONY VACCARELLO

« Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas avoir inventé le jean. »

Yves Saint Laurent

A ses débuts : Yves Saint Laurent présente le 29 janvier 1962 sa première collection sous son nom. En 1966, il lance une ligne de prêt-à-porter et ouvre une boutique indépendante. Le prêt-à-porter n’est plus la Haute Couture du pauvre, mais une création en soi. En 1976, il crée l’une des collections les plus luxueuses de l’histoire de la mode, pour montrer qu’il n’a pas oublié la Haute Couture : sa collection Opéra-Ballets russes.

Aujourd’hui : En 2016, Anthony Vaccarello devient directeur artistique de la Maison. Il a la lourde tâche d’honorer la mémoire de Yves Saint Laurent mais en même temps, il veut se faire une place. Pour cela, il renouvelle les signatures de la Maison : les plumes d’autruche et les larges revers par exemple. Le noir, l’or, le masculin/féminin, il aborde tout à sa manière. « Je vois Saint Laurent comme un clan, un club d’adhérents. L’idée n’est pas de toucher un maximum de personnes, mais de toucher les bonnes personnes. Je ne fais pas d’efforts pour rendre la marque populaire. Je produis beaucoup d’images, de vidéos pour communiquer sur la maison par plaisir, et non dans le but de simplifier mon discours.” Que retenir du dernier défilé en date ? Les épaulettes sont de retour. Difficile de manquer l’inspiration eighties de la collection.

CELINE & HEDI SLIMANE

“At Celine, the weight of the past is not as heavy as it is at Dior or Saint Laurent. We can break free of it more easily. Celine is a vision of Paris, a way of being worn… I don’t want to lock it up in something. There’s no constraint, no model that is linked to a very important legacy.”

Hedi Slimane

A ses débuts : Céline Vipiana crée sa marque éponyme en 1945, mais ce n’est que dans les années 1960 que la créatrice s’oriente vers la mode féminine. Elle réalise notamment une collection Couture Sportswear. En 1987, LVMH achète la marque, et en 1997 Michael Kors est nommé directeur artistique. Il développe un style plus luxueux que la fondatrice. Celle qui arrive à redonner un élan à la marque est sans doute Phoebe Philo, qui arrive à la direction artistique en octobre 2008. Elle réorganise l’entreprise, développe un prêt-à-porter minimaliste et féminin.

Aujourd’hui : Hedi Slimane est à la tête de la Maison. Au lieu de réaliser une simple collection prêt-à-porter femme, il a décidé d’élargir les collections avec l’ajout d’une collection homme, une collection Couture et des parfums qui sortiront plus tard cette année. Alors que sa première collection chez Celine a été critiquée comme ressemblant trop aux collections du créateur chez Saint-Laurent, sa collection automne/hiver 2019 séduit davantage avec l’introduction de « la nouvelle femme Celine ».

CHLOÉ & NATACHA RAMSAY LEVI

« Chloé a toujours fait partie de ce que je suis capable d’apprécier. C’est une maison accessible, démocratique, faite pour habiller les femmes, pas pour faire la révolution »

Natacha Ramsay Levi

A ses débuts : Gaby Aghion a été la première à oser rivaliser avec la Haute Couture, en fondant une marque de prêt-à-porter sans passer au préalable par la création de collections coutures. En 1956, elle présente sa première collection au Café de Flore. Sa garde-robe est accessible et jeune, et elle nomme sa marque Chloé, du nom d’une amie. En 1965, Karl Lagerfeld entre chez Chloé. La vision « jeune » de la marque laisse place à une vision « bohême ». Se succèdent ensuite de nouvelles directrices artistiques : Martine Sitbon, Stella McCartney, Phoebe Philo, Hannah MacGibbon puis Clare Waight Keller.

Aujourd’hui : Natacha Ramsay Levi occupe la direction artistique de la Maison. Elle continue dans la lignée de Karl Lagerfeld et Clare Waight Keller, avec un style assez bohème, des touches Western, des bottes, du métal, des bombers. Son défilé automne/hiver 2019 est une rétrospective des années 1970.

BALMAIN & OLIVIER ROUSTEING

“Good Fashion is evolution, not revolution”

Pierre Balmain

A ses débuts : Pierre Balmain fut le couturier des reines et des princesses, l’incarnation même de l’élégance à la française. Il nommera sa collection automne-hiver 1952 du nom de « Jolie Madame » : les coloris sont raffinés, les tailleurs ont une ligne élégante, les hanches sont galbées, le buste est court. Dans les années 1960, la carrure s’accentue, le buste se réduit encore, les jupes deviennent plus droites.

Aujourd’hui : En 2011, à tout juste 25 ans, Olivier Rousteing remplace Christophe Decarnin à la direction artistique de Balmain. Il donne un souffle nouveau à la marque, avec des influences venues d’Asie. Aujourd’hui Balmain c’est une affaire de célébrités, car Balmain habille « ses amis » : Kim Kardashian, Jennifer Lopez, Justin Bieber. En 2019, il présentait sa première collection couture. La dernière collection en date honore les femmes fortes qui demandent du pouvoir. Comme pour Saint Laurent, les épaulettes font leur réapparition. Les capes, les robes, les pantalons comme les jupes sont larges.

BALENCIAGA & DEMNA GVASALIA

“A couturier must be an architect for design, a sculptor for shape, a painter for color, a musician for harmony, and a philosopher for temperance.”

Cristóbal Balenciaga

A ses débuts : Balenciaga c’est l’architecte de la couture, le maître d’Hubert de Givenchy. Ses créations rigoureuses ont révolutionné les techniques de coupe. Il propose des lignes épurées et fluides, comme Dior, mais ses vêtements de jour sont sobres et pratiques. Il habille une femme active. Il se fait mieux connaître dans les années 1950, où il impose un vrai style dans la mode. La Maison ferme en 1968, et le fondateur décède quelques années plus tard.  En 1986, Balenciaga est racheté par Kering, qui nomme Nicolas Ghesquière à la direction artistique de la Maison. C’est Alexander Wang qui lui succède ensuite, ce dernier revisitant les classiques de Cristobal dans sa première collection.

Aujourd’hui : Demna Gvasalia prétend s’inspirer des archives Balenciaga et de les adapter à 2018, 2019 et au futur. Il « travaille toujours en déconstruisant quelque chose pour créer quelque chose de nouveau. » Il détruit pour créer. L’esthétique du sportswear l’intéresse particulièrement, tout comme « la modernité du confort, de la fonctionnalité, de la technicité. Presque futuristique aujourd’hui. » En cette fin de fashion week, on peut affirmer le retour des épaulettes et du tailoring et Balenciaga confirme cette tendance. Ce qui distingue cette collection doit être l’usage du néon.

VALENTINO & PIERPAOLO PICCIOLI

“Elegance is the balance between proportion, emotion and surprise.”

Valentino Garavani

A ses débuts : Le 28 janvier 1989, Valentino présente son premier défilé de Haute Couture à Paris. Valentino déteste le débraillé, le négligé, l’excentricité non maîtrisée. Il élimine le superflu, il préfère des proportions qui épousent les formes du corps aux grands volumes des années 1960. Il utilise intelligemment les plis, les nœuds et les couleurs.

Aujourd’hui : Pierpaolo Piccioli arrive chez Valentino en compagnie de Maria Grazia Chiuri. Ensemble, ils s’occupent de la création d’accessoires. En 2008, ils deviennent directeurs artistiques de la Maison. Lorsque Maria Grazia Chiuri devient directrice artistique de Dior, il se retrouve seul chez Valentino. Son processus de création est très émotionnel, spirituel voire sacré. Il s’inspire de ses lectures, mais surtout de l’humanité qui l’entoure. Pour sa collection automne/hiver 2019, Pierpaolo Piccioli s’est fortement inspiré de la couture des années 1950 mais remise au goût du jour avec des minirobes, des costumes et toujours plus de volumes.

LOUIS VUITTON & NICOLAS GHESQUIÈRE

« Je me suis dit un jour que la toile monogrammée Louis Vuitton est en quelque sorte la Mona Lisa de la maison. Pour moi, quelle que soit l’œuvre d’art, elle doit être à la fois précieuse et populaire. »

Marc Jacobs

A ses débuts : L’entreprise de malles est fondée en 1854 par Louis Vuitton. Ce n’est qu’en 1997 que Louis Vuitton instaure le prêt-à-porter au sein de la Maison, en nommant Marc Jacobs à la direction artistique. Ce qui est caractéristique de la Maison, c’est bien entendu son monogramme, qui se retrouve dans toutes les variations imaginables.

Aujourd’hui : Depuis 2013, Nicolas Ghesquière a remplacé Marc Jacobs et construit sa renommée autour de la maroquinerie et des accessoires. Il est notamment celui qui a créé la petite malle, un des sacs incontestables de notre génération. Il s’inspire par ailleurs de l’univers manga pour ses campagnes publicitaires avec par exemple le personnage de Final Fantasy « Lightning » pour présenter sa nouvelle campagne de sacs.  Pour sa dernière collection, Nicolas Ghesquière a recréé le Centre George Pompidou dans la Cour Carrée du Louvre. Ce qu’on retient du défilé ? Beaucoup d’imprimés et de motifs en tous genres.

Apolline Victoire

Une réflexion au sujet de « Les designers de la PFW »

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