Le style Lagerfeld

Karl Lagerfeld. Une personnalité à double tranchant. Soit on l’adorait, soit on l’abhorrait. Pourtant nous pouvons tous nous accorder sur un point : ce grand Monsieur était un esprit vif qui savait capter l’humeur du moment pour le transposer dans ses collections ou autres projets. Il n’a jamais souhaité revenir sur son travail ou avoir une rétrospective, et n’a jamais non plus voulu remonter aux sources de son inspiration – »ça tue la créativité », disait-il-… Mais aujourd’hui, quelques semaines après sa dernière collection pour Chanel, il apparaît que le designer a eu des influences récurrentes et qu’il existe bien un style Lagerfeld. Nous vous proposons ici de revenir sur des éléments stylistiques prégnants dans son travail.

Le détail :

Accumulation de bijoux, gants, breloques aux sacs chez Fendi, profusion de chaînes et de camélias chez Chanel… il était le roi de l’accessoire et montrait qu’ils contribuaient énomément à faire une tenue…

La mesure :

C’est particulièrement criant en haute couture. Les robes de Lagerfeld sont oppulentes, riches, mais gardent une simplicité déconcertante, comme s’il était aussi facile de porter une robe du soir que de mettre un sweat et un jean. Pourtant elles sont magiques, elles font paraître les femmes qui les portent les plus classieuses et inaccessibles de la soirée, tant il semble facile pour elles de s’être glissées dans ces fourreaux pailletés et plumés.

La silhouette en 3 :

Dans « Karl Lagerfeld se dessine », le designer confiait apprécier tout particulièrement une silhouette superposant trois éléments : la tête (avec un chapeau ou une coiffure travaillée), un haut vague et un bas structuré. Cette superposition est récurrente, notamment dans les tenues de jour chez Chanel. Les meilleurs exemples se trouvent dans la Haute Couture Chanel de l’été 2014 mais sont également dans la toute dernière collection du designer pour la Maison…

Le XVIIIème siècle:

L’histoire veut qu’un jour, le jeune Karl, qui marchait avec ses parents dans une rue de Hambourg, passa devant la vitrine d’une galerie d’art exposant une reproduction du tableau de Menzel «la tablée du roi Frédéric II à Sanssouci,  », représentant le roi Frédéric II entouré des plus brillants esprits du XVIIIème. Karl Lagerfeld est un fervent admirateur du siècle des Lumières, que ce soit du mode de vie ou du déploiement culturel et artistique de ce temps. Ce siècle n’a cessé d’influencer son travail et on retrouve plusieurs références à ce temps dans les collections, que ce soient des détails ou des collections entières construites sur cet (inépuisable) thème : la croisière 2013 de Chanel ou bien l’été 2016 de Fendi en sont les meilleurs exemples.

La culture :

Karl Lagerfeld, c’était celui qui faisait converser le satin et le béton dans une même robe. Ainsi, la Haute Couture de l’hiver 2014 était inspirée du Corbusier –avec des influences XVIIIème ici toujours- et comportait des broderies de béton associées à des cristaux ou des paillettes. Le designer était toujours affable d’une anecdote sur l’une des tenues qu’il venait de créer: une simple bretelle laissée tombante sur une robe du soir – un détail anodin qui peut passer pour une négligence d’habillage – fait en fait référence à l’histoire d’un tableau de la fin du XIXème siècle, qui avait en son temps fait scandale.

La vie, les gens :

La grande force de Karl Lagerfeld, c’était de faire la bonne chose au bon moment. D’ailleurs, c’est une des définitions qu’il donnait à la mode. Il savait écouter les clients et ce qu’ils voulaient : quelqu’un qui va chez Lagerfeld s’attend à trouver des habits dans le style du designer, une cliente Chanel veut trouver du tweed, des perles et du matelassé… une de chez Chloé de la légèreté, du voile, du poudré, une de chez Fendi de la fourrure revisitée (la Fun Fur: des créations colorées, vives, loin des lourds manteaux de vison brun classiques)

L’actualité:

il savait écouter son temps et construisait ses collections autour d’innovations ou de produits novateurs. Ainsi, le sac Gabrielle est inspiré par les lunettes à réalité augmentée, les tailleurs Haute Couture de l’hiver 2015 ont été réalisés à l’aide d’imprimantes 3D. Le prêt-à-porter de l’hiver 2017 lui était inspirée par la conquête spatiale et la mission de Thomas Pesquet sur l’ISS, il a fait défiler Chanel à Cuba en 2017, juste au moment où le pays revenait sur la scène internationale…

C’est peut-être pour cela que beaucoup aimaient tant les collections de Karl Lagerfeld, il savait ce qui allait faire plaisir et ravir l’oeil à l’instant même où la collection allait fouler le podium…

Karl Lagerfeld a été un créateur on ne peut plus versatile, il a travaillé pour de nombreuses marques mais n’a jamais eu ce de projet esthétique clair et iconique comme d’autres couturiers – citons Cristobal Balenciaga ou Yves Saint Laurent : si on y réfléchit bien, il n’y a pas de vêtements créés par Lagerfeld en son nom propre qui soient emblématiques -comme peuvent l’être le tailleur de tweed pour Coco Chanel ou le tailleur Bar pour Christian Dior. Le Kaiser ne marquera pas l’histoire de la mode pour ses révolutions esthétiques mais pour ses réinterprétations des travaux d’autres grands noms… Cependant, en regardant de près son travail comme nous venons de le faire ici, des similarités entre les silhouettes se dégagent -des inspirations, des coupes, des lignes particulières- et forment ce qu’on pourrait maintenant qualifier de style Lagerfeld.

Emilien Majourel

Une réflexion au sujet de « Le style Lagerfeld »

  1. Malgre le savoir ( du a l interressement porte a la mode) que de travail fourni, que d heures passees dans les recherches pour ecrire un tel article digne d un journaliste de haute couture rendant un bel hommage a un homme qui en derangeait certains par ses tenues, par son franc parle, Felicitations Monsieur Emilien MAJOUREL

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