La chronique qui te connait: l’étoffe d’un héros

L’étoffe d’un héros

 

Qui n’a jamais, étant jeune, rêvé d’incarner ses propres héros, puis d’en devenir un soi-même. Nous nous promettions à nous même de valeu- reux destins quand nous deviendrions grands, à l’image de nos dieux d’an- tan. C’est ce que j’ai donc décidé tout naturellement d’illustrer par cette image à caractère misogyne.
Ce mec a-t-il l’étoffe pour être un bon héros de roman ? C’est effectivement la question du jour. Rien n’en était moins sûr à priori. Aussi normal qu’il fut, il était bien trop transparent pour percer dans ce domaine exigeant du héros de roman. Le pauvre, il avait tellement d’espoirs. Ce seront désor- mais des espoirs déchus. Durement, tellement durement qu’il ne sait pas s’il s’en remettra un jour. Ce mec que tu connais bien, ce mec qui peut sommeiller en toi, doit bien reconnaî-
tre qu’au fond, finalement, il n’est pas différent des autres. Il ne sera pas héros de roman et ne fera pas carrière dans ce domaine. Bien sûr cette vérité crue entraine une chute difficile, mais cette normalité a néanmoins du bon. Aussi terrible que cela puisse paraître, la banalité a un petit côté rassurant. Certains l’appelleront leur train-train,
d’autres leur routine, mais tous s’y réfugieront sans cesse. Réglé comme une horloge, précis à la seconde, même parfois seul lien infime avec la réalité qu’on a perdu, le train-train est là. Tout le monde n’a pas l’étoffe d’un héros, il est bon de se le rappeler de temps à autre. Aragon avait proba- blement raison, «aux jours que nous vivons les héros ont péri».
Ou peut-être qu’Aragon avait tort ! Ce serait merveilleux ! Certains diront que nous sommes des héros de tous les jours, prêts à relever les innombrables défis de la vie quotidienne ! Même si cela peut paraître incroyablement Bisounours, c’est en tout cas ce dont ce mec essaye de se con- vaincre pour ne pas sombrer. Non, décidément ça ne colle vraiment pas. Définitivement, c’est bien la désillusion la plus complète. Il n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais un héros. Tout juste peut-il encore entrer dans la catégorie des zéros — ma classe de CM1 et ses blagues me manquent beaucoup. Syndrome classique de la pauvre Dame Bovary de notre regretté “Floflo“, ce mec devra s’y faire. Pour le consoler je peux au maximum rajouter une majuscule à son nom. Il sera désormais “ce Mec“. C’est un petit réconfort comme un autre.
Quoi qu’il en soit, ce Mec est un peu spécial, mais ne le juge pas, Lecteur, comme toi il sou- haite ne rendre le monde qu’Amour et Générosité. Mais peut-être les héros n’ont-ils simplement pas d’étoffe là où nous en cherchons désespérément une. Pourquoi voir et rechercher en le héros un être singulier alors que le monde peut tout aussi bien être singulier à ses yeux ? C’est ce qu’avait com- pris Dostoïevski pour ses propres chimères. « L’important pour lui n’est pas ce qu’est le héros dans le monde mais d’abord ce qu’est le monde pour le héros et ce qu’est celui-ci pour lui-même » (Mikhaïl Bakhtine). De quoi regonfler à bloc l’égo déjà surdimensionné de notre ami. Le voilà ras- suré, comme moi. 
 
V.B.

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