La chronique qui te connait.




A toi le lecteur avide de contenu intellectuel. A toi qui évolue dans cette marmite bouillonnante géante dans laquelle tu macères depuis des mois à feu doux. A toi, rien qu’à toi, je dédie cette modeste chronique dans laquelle tu ne voudras pas te reconnaitre, mais, tel un pourfendeur, je viendrai te rappeler qui tu es dans ce que tu ne veux pas être. 
D’abord, cher lecteur, amour de ma vie, j’aimerais te faire savoir que je te connais. Je sais que tu aimes être malmené par une petite plume tatillonne, insidieuse, je suis par exemple parfaitement conscient que tu aimes par dessus tout te faire insulter en allemand par un bad boy vêtu de cuir un fouet à la main, ton petit côté vierge farouche que j’aime tant s’efface alors rapidement pour faire place à la partie de toi qui prend un certain plaisir à ne pas se respecter. C’est cette partie qui ressort, d’ailleurs, à l’occasion de toutes les soirées où tu as pu te distinguer, toujours avec élégance. Car oui, cher lecteur, je te connais grandiose, prince le jour, seigneur la nuit, battant le pavé — et Dieu sait s’il y en a — sans relâche et jusqu’à plus soif, menant des batailles toutes plus spectaculaires les unes que les autres ; tantôt venant à bout d’un Triple Dragon hautement féroce par une pirouette dont seul tu as le secret, tantôt achevant, non sans émoi, d’un revers de pinte, un phacochère bien belliqueux.

 



C’est ainsi qu’à toi, lecteur que je connais, que j’aime, je m’offre. Je n’en mène, à vrai dire, pas bien large. Tu assistes, en tant que spectateur privilégié, à mon dépucelage en place publique. J’attends, avec un sentiment mélange de peur, de panique et d’impatience, mon bourreau sans visage qui me fera passer de l’autre côté, dans l’autre monde. Il y aura un avant et un après, sois en certain. Je me sens telle une petite nymphette jetée en pâture à ses proies chimériques, me donnant en spectacle, participant à une anthropométrie d’Yves Klein, sauf qu’en moi résonne la marche funèbre, celle accompagnant le (con)damné au gibet. Je suis à la merci de ton regard empreint de voyeurisme et de fascination, un regard étrange. Mais un bon dépucelage n’en serait pas un sans des promesses d’amour à foison, des larmes, des cris, du sang et des pleurs. On se dit je t’aime pour la vie, on se serre comme si c’était la dernière fois, on s’oublie avec l’autre. Il faut donc que cela soit baroque, grandiloquent à souhait, colossal comme un chibre dressé, en un mot, que ça te ressemble. Alors pour toi, mon lecteur, je fais une promesse solennelle, celle de te divertir ici, du mieux que je peux, aussi bien qu’il m’est possible de le faire. Sois ma muse, je serai ton bourreau. En un mot, ne t’occupe de rien, je fais le reste.

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