La chronique qui te connait.

Après m’être dénudé et offert à toi, mon lecteur adoré, laisse moi te faire souffrir comme tu l’aimes tant, je vais te raconter l’histoire d’un mec normal. Ce mec ce sera toi, ce sera moi, nous, hommes, femmes, petites créatures célestes. En fait ce sera surtout moi, n’y vois pas un quelconque sommet d’égocentrisme, un pic de vanité mal approprié, non, il se trouve simplement que c’est le seul sujet sur lequel je me révèle intarissable. Mais maintenant laisse-toi porter par cette histoire qui est la tienne.
Schopenhauer a dit une fois que l’égoïsme inspire une telle horreur que nous avons inventé la politesse pour le cacher. Sache que ce mec n’est pas quelqu’un de poli. Il est du genre réaliste, réaliste au point d’asséner des gros coups de réalité dans la figure des autres. Il condamne l’idéalisme mais ne peut s’empêcher d’en être lui-même un virtuose incontestable. Il est simplement ordinaire, un mec réalistement égoïste, plein d’idéalisme comme toi. C’est pourquoi, tu l’auras compris, que tu sois beau, belle, moche, ronde, carrément gros, à lunettes, cheveux gras, sans lunettes, avec une barbe, sans lunettes avec une barbe, avec une robe, un smoking, des cheveux bouclés, des boutons, des poils —pas son genre—, sans poils, des yeux bleus, un gros nez, des joues de hamster, que tu aimes le ski, la danse, le poney, le rugby, le trampoline, la sodomie ou plus simplement le fait de marcher nu(e) dans les fougères, tu aimeras forcément ce mec là tôt ou tard, crois-moi.
Il se trouve également que ce mec a des rêves comme tout un chacun, et lui aimerait vivre une relation interdite, dangereuse au quotidien, un truc un peu incestueux en quelque sorte. Sans aller aussi loin. Cela peut prendre la forme d’une simple relation romantique, une histoire d’amour un peu banale — car nulle ne l’est —, une histoire d’amour pleine de réalisme, de ce réalisme qui prend aux tripes et nous fait sentir tellement humain le temps d’un instant, vivant comme jamais. Un truc commun, en somme. Ce serait beau, ce serait quand même superbe ; un petit moment privilégié plein de charme, un petit moment normal. Mais voilà que je me laisse porter par mon imagination débordante, au point d’en perdre mon propos. Alors c’est ainsi que je te laisse, Lecteur, puisque c’est comme cela que tu te nommes, après avoir pris quelques minutes de ton temps. Ou plutôt devrais-je dire volé, puisque finalement tu en arrives ici sans que je ne t’aie rien raconté, rien appris sur ce mec, ni même rien apporté. Ce gars est en réalité un mégalomaniaque de la “phrase qui ne veut rien dire“, un détraqué de la logorrhée, un cabotin verbeux au style snob-bobo-chiant-enquiquinant et ce mec te salue, toi, Lecteur, et te dit à la prochaine.
 
V.B.

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