DÉFILÉ CRÉATEURS : Interview de Émilien et Kahina – Pôle Création

Bonjour, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Kahina : Bonjour, je m’appelle Kahina, j’ai 22 ans et je viens des Yvelines. Je suis alternante en marketing digital chez heytens et en M1 à Skema.

Emilien : Je m’appelle Emilien Majourel, j’ai 21 ans et je suis en L3 à Skema.

Depuis quand êtes vous passionné(e) par la mode/la création ?

Kahina : J’ai toujours regardé de près comme de loin la mode. Petite, je voyais ma mère coudre des robes kabyles (avec la machine qu’elle possède toujours d’ailleurs), depuis les robes m’ont toujours fascinées parce qu’elles sont pour moi un symbole de puissance et de féminité.

Emilien : Depuis toujours !!! J’ai appris à coudre avant même de savoir lire ou écrire ! ma grand-mère était couturière et comme je passais beaucoup de temps chez elle, c’est elle qui m’a initié : elle m’a appris à coudre à l’aiguille et je l’ai beaucoup regardée travailler aussi… Je faisais des dessins de tenues et elle les réalisait parfois. Tout ça me fascinait. Je pratique le dessin de mode et je suis assidûment les collections depuis pas mal d’années aussi.

Qu’est ce qui vous inspire dans la mode ?

Kahina : Le fait de sublimer notre quotidien, de se dire qu’un habit puisse à la fois faire office de seconde peau comme complètement nous métamorphoser. Tout est possible avec la mode. Les créateurs qui ont participé au défilé en sont la preuve vivante : robes sirènes, cagoules en dentelle, costumes inspirés du cirque ou des années 20, jupe en pailles noires et trench transparent… C’est tout simplement de l’art. Un art avec son histoire, ses génies et ses influences. Il ne tient qu’à nous d’en appliquer les codes et techniques de façon académique ou de complètement l’ignorer pour s’exprimer. Mais pour exprimer quoi, au fond ? Ce que vous voulez !

Emilien : Ce que j’aime dans la mode c’est qu’elle capte l’esprit du temps : que ce soit une collection ou la tenue que chacun choisit le matin, je pense que la mode dit beaucoup de choses sur l’humeur des gens… J’aime aussi le fait que la mode va vite et se renouvelle sans cesse, c’est stimulant.

Avez-vous des créateurs que vous affectionnez tout particulièrement ?

Kahina : Vivienne Westwood pour son activisme, Maria Grazia Chiuri pour le dramatisme qu’elle insuffle à Dior.

Emilien : La période John Galliano pour Christian Dior a été un révélation : c’était novateur, très intelligent. Les vêtements et les défilés étaient époustouflants, je ne ratais aucune sortie de collection. Christian Dior est ma « maison de cœur » d’ailleurs et j’ai beaucoup aimé cette période très théâtrale de la Maison. En ce moment j’aime énormément les collections de Pier Paolo Piccoli pour Valentino, les associations de couleurs sont époustouflantes, j’aime aussi le fait qu’il remette au goût du jour des matières un peu oubliées comme la moire ou le taffetas (que je travaille d’ailleurs dans une de mes tenues), il maîtrise à la perfection les formes : son travail est d’une justesse incroyable. Dans la jeune création j’adore Halpern et Jacquemus, c’est très frais comme je trouve… Sinon pour les hommes j’aime beaucoup ce que font Olivier Rousteing pour Balmain et Anthony Vaccarello pour Saint Laurent.

Avez-vous des matières fétiches que vous aimez travailler ?

Kahina : Pour le moment non, j’aime me débrouiller avec ce que je trouve.

Emilien : J’aime tester toutes les matières, aucune ne se travaille de la même façon… là je vais essayer de travailler le lainage et le velours.

Le thème « Quand les matières prennent l’air… » vous a-t-il inspiré ?

Kahina : C’est un très beau thème qui ne pouvait qu’aller avec la magie du lieu. Il m’a tout de suite fait penser à des danseuses, en mouvement avec des matières vaporeuses, un peu comme le dernier défilé Dior (P/E 2019) où la danse et l’air étaient à l’honneur.

Emilien : Oui bien sûr ! J’ai travaillé sur la façon qu’a l’air de se rendre visible quand il s’associe à la matière. Produire les effets que je recherchais a été difficile mais le résultat est au rendez-vous. J’avais dessiné une robe dont la jupe gonfle lorsque la fille marche et je l’ai réalisée pour le défilé : l’air et le volume s’unissent dans cette tenue. Pour la seconde robe, j’ai fait un grand volant qui ferait penser à une tornade de sable.

Quel type de pièces avez-vous choisi de faire défiler ?

Kahina : J’ai opté pour une robe bustier blanche avec un voile froncé pour le bas, le tout en faisant de la récup. Mes collègues m’avaient données des chutes de voilages aux tons blanc crème puisque je leur avais expliquées que le thème invitait à des créations aériennes. Restait à trouver comment s’occuper du volume et à choisir parmi tous ces tissus ! Heureusement, ma mère était là pour m’apprendre à coudre et me conseiller sur la fronce de la jupe. Pour le bustier, autre histoire de famille puisqu’il s’agit du bustier de la robe de demoiselle d’honneur que j’avais porté au mariage de ma sœur.

Emilien : J’ai plutôt travaillé sur un vestiaire du soir parce que l’événement et le lieu du défilé s’y prêtaient bien : pour l’occasion j’ai fait une robe du soir longue et une courte.

Avez-vous déjà montré votre travail au grand public ? (défilé, blog…)

Kahina : Jamais, comme quoi il y a une première fois à tout.

Emilien : Jamais ! ce défilé est la première fois où je montre mes créations au grand public, c’est vraiment une expérience formidable. Ce défilé était un défi personnel aussi : d’habitude je suis assez pudique quand il s’agit de montrer mes dessins ou mes créations… Le faire là devant plus de 300 personnes était assez intimidant mais en même temps très excitant : je suis très heureux de l’avoir fait, d’autant plus que plus jeune, je rêvais de présenter mes créations lors d’un défilé. Ce rêve est devenu réalité.

Souhaitez-vous faire de la mode un acteur plein et entier de votre projet professionnel ou est-ce seulement une passion ?

Kahina : Pourquoi pas, je ne me vois vraiment pas enfermée dans une carrière et dans un même secteur pendant 20 ans. Après, j’ai d’autres passions donc à voir laquelle prendra le pas sur l’autre ! Il y a énormément à faire, ne serait-ce qu’en terme de transition écologique (vaste concept me diriez-vous), car c’est une chose d’admirer des créations et le travail d’orfèvre qu’il y a derrière, c’en est une autre d’ignorer que l’industrie textile est un désastre écologique à elle toute seule.

Emilien : Pas forcément… je sais que je travaillerai dans la mode d’une façon ou d’une autre à un moment de ma carrière, mais je n’ai pas envie de travailler exclusivement dans ce milieu : j’ai peur de m’en lasser et je ne veux pas avoir de contraintes dans l’exercice de ce qui me plait le plus au monde. J’aime tellement la mode que je ne veux pas prendre le risque de m’en dégouter. Mais vu la formidable expérience du défilé, pourquoi pas.

Pensez-vous qu’aujourd’hui la mode est accessible à tous ?

Kahina : A partir du moment où il y a de l’intérêt, de la curiosité, il y aura toujours un moyen d’y accéder je pense, reste à savoir ce que nous entendons par « mode » et par « accessible ». Si porter des marques griffées en les trouvant à prix cassé vous suffit, tant mieux pour vous, et pareil si la destinée de créateurs vous passionne, à vous de voir quelle place peut prendre la mode dans votre vie indépendamment d’histoires de budget !

Emilien : Avec les réseaux sociaux et la digitalisation, la mode est accessible à tous. Je pense qu’on peut s’approprier les choses d’une manière ou d’une autre : suivre les tendances, créer son style, acheter des vêtements, es faire, les customiser… je suis convaincu que la mode est accessible à tous, après il faut simplement s’y intéresser un peu.

 

 

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